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... LES TROIS MOIS QUI VONT SUIVRE sonneront d'autres glas : une triple diaspora, inexorablement s'annonce ...

 

Mercredi 15 février 1492.

 

Torquemada, grand inquisiteur d'Espagne, vient présenter son projet à la reine Isabelle ; il explique que le procès d'Avila, au mois de décembre précédent, l'a convaincu que tous les juifs d'Espagne doivent être chassés, parce qu'ils sont dangereux pour l'église, qu'ils commettent d'horribles atrocités contre les chrétiens, et poussent les « Conversos » (les convertis), à en commettre d'autres. « L'Espagne, dit-il, doit retrouver son identité, se purifier, devenir véritablement fille de l'église, donc elle doit expulser ses juifs, à moins que tous ne se convertissent. »

Les souverains hésitent. Depuis 13 ans, Ferdinand se veut roi des 3 religions. Il n'est convaincu ni politiquement ni économiquement de la nécessité de l'expulsion. De plus, du peuple à la noblesse, personne ne la réclame. En outre, les juifs constituent une force économique importante, et les preuves avancées par Torquemada pour dénoncer les atrocités des juifs, ne le convainquent pas.

 

Mardi 20 mars.

 

Le conseil royal réuni à Grenade, étudie un projet d'ordonnance proposant de donner aux juifs le choix entre conversion et bannissement. Devant les monarques, Luis de Santangel, conseiller de la reine, s'oppose à Torquemada. A ses yeux, la communauté juive est nécessaire à la communauté espagnole à laquelle elle rend d'éminents services. Torquemada rétorque qu'elle est dangereuse car : « l'hérésie judaïsante est une tumeur maligne à éliminer. ; »

Métaphore ayant de beaux jours devant elle !

Nul, dans la communauté juive, ne se doute de ce qui se prépare, ni n'est associé à la décision, même les conversos les plus proches de la cour. En fait, la situation, comme toujours, semble échapper à la volonté de tous les acteurs, y compris les plus grands princes.

Personne ne décide rien : le prince suit l'opinion ; l'opinion suit le prince... on a chassé l'Islam, le Judaïsme doit suivre. L'Europe doit se réapproprier son territoire avant de conquérir celui des autres.

 

Samedi 31 mars.

 

Les rois catholiques signent le décret d'expulsion des juifs : on leur donne 3 mois pour se convertir ou partir. Certains y voient une conséquence de la chute de Grenade, d'autres expliquent cette décision par le fait « que la foule des nouveaux chrétiens s'est rattachée à Israël ».  En fait, on n'expulse pas un corps étranger, mais un ''microbe'' capable de contaminer la fraction guérie du peuple juif. Ce n'est pas le juif que l'on craint, mais bel et bien la fragilité de la conviction chrétienne, ce que bien évidemment, l'Église ne veut pas avouer.

 

Lundi 30 avril.

 

Les rois rendent public le décret d'expulsion.

Isaac d'Abravanel décrit la façon dont il a vécu la terrible journée :

« Lorsque la nouvelle fut connue de nos frères, ce fut parmi eux un grand deuil, une terreur profonde... Ils essayaient pourtant de se réconforter mutuellement. Courage, disaient-ils, c'est pour l'honneur de notre foi et pour la loi de notre Dieu que nous devons nous sauvegarder des blasphémateurs. S'ils nous laissent la vie, c'est bien ; s'ils nous mettent à mort, nous périrons, mais nous ne serons pas infidèles à notre alliance. Notre cœur ne doit pas reculer... Nous partirons.

Ce même lundi, en application des accords signés, les rois catholiques ordonnent aux tribunaux : « A tous et à chacun de vous, en vos lieux et juridictions, de ne pas juger en aucune cause criminelle touchant les personnes qui partent avec le dit ''Colomb'' sur les dites caravelles ».

 

Frappante simultanéité entre cet édit et la publication du décret d'expulsion des juifs, comme si l'on voulait inciter ceux-ci à partir, eux aussi, vers l'inconnu ; comme si la cour voulait pousser les juifs à disparaître dans l'océan ; s'en laver les mains, peut-être...

Combien partirent, combien restèrent ?

 

« Sur la crainte que j'ai des cieux, je témoigne, écrira Abravanel depuis Naples en 1496, que le nombre des enfants d'Israël était en Espagne de 300.000 en l'année où fut pillée notre splendeur..  Et aujourd'hui, 4 ans après notre exil et notre destruction, tout a péri. »

Le plus vraisemblable, c'est que 200.000 partirent et 50.000 restèrent et se convertirent.

 

  suite ...

 

Tag(s) : #Franc-Maçonnerie- et -symbolisme
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