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  "Le Rêve est une seconde vie. Je n'ai pu percer sans frémir ces portes d'ivoire ou de corne qui nous séparent du monde invisible."

Gérard de Nerval (Aurelia - 1855)

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LE RÊVE


ON DÉSIGNE AINSI LES SITUATIONS, les histoires vécue avec une grande impression de réalité au cours du sommeil et dont on sait aujourd'hui qu'elles correspondent à des phases dites paradoxales de cet état physiologique.
Par extension, on désigne également de cette manière les représentations à l'état de veille de l'imagination (la rêverie), les illusions et les hallucinations.

Les anciens y ont vus, et beaucoup de personnes y voient encore, une porte ouverte sur un monde éloigné de la réalité ordinaire et/ou d'une vérité cachée.

La psychanalyse à  mis en évidence une de ses fonctions importante, l'expression et la satisfaction symbolique des désirs inassouvis et/ou inavoués et refoulés.

Le rêve semble aussi faire souvent écho à des préoccupations et à des sentiments importants du moment ou du passé, et pouvoir parfois, apporter la solution d'un problème difficile ... Comme si le cerveau, dégagé de la lourde présence du quotidien, de "l'ici et maintenant", était rendu plus disponible pour réfléchir.

L'étrangeté et l'absurdité fréquente des rêves liées à leur langage analogique, symbolique, fait que nous avons souvent l'impression que c'est un autre personnage que celui que nous voulons être ou montrer, dans la vie de tous les jours, qui rêve en nous.

Quoiqu'il en soit, le rêve semble jouer un rôle essentiel dans le maintien de l'équilibre cérébral et psychique : réveiller systématiquement un dormeur au moment où il rêve peut provoquer de graves troubles psychiques.


Se poser la question de la nature des rêves revient à se poser la question de la nature de la conscience éveillée, ainsi que celle de ses rapports au rêve. Tel un intrus à l'intérieur de soi, le rêve est souvent vécu comme une altérité, dont la présence même force la réflexion. Pour Gaston Bachelard, les rêves ravissent le cogito (1) du rêveur.

 

Siegmund Freud
Pour le père fondateur de la psychanalyse, le rêve, loin d'être un phénomène absurde ou magique, recèle un sens : il est l'accomplissement hallucinatoire d'un désir inconscient. Il a pour double fonction :
- permettre au rêveur de dormir
- accomplir un désir refoulé.
Cette fonction du rêve en fait une mine de renseignements quant aux désirs du rêveur. Son sens doit être interprété, car les désirs ne sont pas représentés tels quels. Il faut dégager le contenu latent du contenu manifeste qui a été déformé par le travail du rêve. Le rêve se présente alors comme un précieux moyen de connaître les contenus inconscients du rêveur, entre autres névroses (2). Freud écrira cependant, en 1911, dans la préface à la troisième édition de "L'interprétation des rêves", que la connaissance de la névrose est également un moyen d'en savoir plus à propos des rêves.
Le rêve ne révèle pas l'avenir : il ne s'agit pas d'un présage sur lequel le rêveur pourrait s'appuyer. Le désir inconscient correspond à la sexualité infantile, énigme dont le névrosé ne comprend plus les éléments, qu'il refuse de concevoir, ces représentations inconscientes étant inconciliables avec les exigences de la conscience (censure).

L'approche que
Carl Jung fait du rêve est sensiblement différente de celle de Freud. Pour lui, en effet, le rêve n'est pas d'abord la réalisation d'un désir inconscient mais l'expression la meilleure possible de l'état psychique inconscient du moment.
Le rêve est alors considéré dans son contenu manifeste comme lien symbolique entre le moi (3) et l'inconscient (4), donc comme potentialité d'unification de la psyché (5). Mais parler de lien symbolique implique de se référer à la conception jungienne du symbole : celui-ci est considéré par Jung comme un lien vivant entre le conscient et l'inconscient, lien vivant qui implique qu'il soit abordé dans toutes ses composantes, c'est-à-dire dans tous les éprouvés, affectifs et sensoriels, qui le constituent, et non uniquement dans son aspect d'image qui, sinon, pourrait trop facilement aliéner le moi dans un miroir narcissique mortifère. D'une certaine façon on peut dire que, pour Jung, le symbole s'enracine dans le corps.

De cette conception il s'ensuit que le rêve est plus considéré, éprouvé, revécu par le sujet avec sa conscience éveillée, bien plus qu'il n'est interprété en vue d'une compréhension. Bien au contraire Jung considère que le rêve, comme tout symbole, s'épuise au fur et à mesure qu'il est compris et intégré. Il cesse alors d'être vivant, symbolique.

Depuis la plus haute antiquité, les rêves constituent une énigme et participent à la vie psychique comme les pensées et les symboles (voir symbolisme et songe de Jacob) ... beaucoup d'encre coulera encore puisque le rêve est de nature immatérielle (bien qu'il soit le produit bien réel du cerveau) et ne se laisse pas aisément saisir ... C'est probablement ce qui fait son charme !

 


 

(1) Cogito signifie « je pense » en latin. Depuis Descartes, ce verbe conjugué est devenu un substantif masculin et un concept philosophique (on dit : « le cogito »).

(2) Le terme névrose désigne des trouble de la personnalité sans lésion organique démontrable. De plus, le sujet reste conscient de sa maladie et vit dans la réalité.

(3) Moi : C'est la partie de la personnalité la plus consciente, en contact avec la réalité extérieure.
(4) D'après la théorie psychanalytique, l'inconscient est un maillage d'idées, de perceptions, d'émotions constituant le psychisme, influant sur nos conduites, et inaperçues par la conscience. Il ne s'agirait pas ici simplement de l'opposition à la notion de conscience mais d'une structure réactive et dynamique

(5) La psyché, en psychologie, désigne l'ensemble des manifestations conscientes et inconscientes de la personnalité d'un individu.
 

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Pierre Puvis de Chavannes, le Rêve
 Peintre français (Lyon 1824  – Paris 1898).

Tag(s) : #Psychologie

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