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Ce qu'on ne veut pas savoir de soi-même
finit par arriver de l'extérieur comme un destin.

Carl Gustav Jung

 

En partage, ce très bon article concernant le Symbole sur le site :
Platon 2013


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Extrait du livre de Fernand Schwarz :
"La tradition et les voies de la connaissance, hier et aujourd'hui", Paris, 1987.

 

Le terme “SYMBOLE” vient du grec “sumbolon” et du latin “symbolus”, qui signifie “celui qui porte”.

Le symbole est donc un messager, un élément médiateur entre deux niveaux de conscience, entre le profane et le Sacré.

Le Symbole ne doit pas être confondu avec le “signe” ; le signe n'a pas de contenu archétypal, il est temporel, circonstanciel. Le symbole, quant à lui, participe des structures profondes archétypales et son rôle est de transmettre cette réalité abstraite au monde objectif et rationnel des sens.

Le symbole possède donc une fonction médiatrice : il est un pont, il réunit des éléments “séparés” ; il relie le Ciel et la Terre, l'esprit et la matière. Il porte en lui une force centripète, en établissant un centre de relations, auquel se réfère le multiple et où il trouve son unité. Il résulte de la confrontation de tendances contraires et de forces antinomiques, qu'il réunit dans un certain rapport.

Le symbole est une représentation qui fait apparaître un sens secret ; il est l'épiphanie (3) d'un mystère.

 

1. LE SYMBOLE, EXPRESSION DU SACRE

 

“Seule, une tradition initiatique et religieuse peut transmettre des symboles. Les premiers évoquent des liens mutuels de nature sociale ou des rapports fondés sur des signes conventionnels constituant un ensemble logique ou un système de langage qui, par son origine, son évolution et son usage, est toujours conçu et créé par l'homme et n’a de sens que pour l'homme. La lettre O, par exemple, n'est pas le symbole de l'oxygène mais un synthème de type abréviatif qui n’a d’autre signification que celle d’appartenir, par convention, à un ensemble logique cohérent, en une certaine époque de l'histoire des sciences chimiques. Les signes utilisés par les ordinateurs sont des synthèmes : ce ne sont pas des symboles.

Cette différence est aisément compréhensible en raison du caractère toujours non humain de l’expérience du “tout autre” auquel l’unanimité des traditions initiatiques et religieuses rapporte la révélation et l’institution des symboles, nom qui doit être réservé aux signes du Sacré.” (4)

 

La structure et la fonction authentiques du symbole peuvent être pénétrées surtout par l’étude particulière du symbole en tant que prolongement de la hiérophanie et en tant que forme autonome de révélation. Les symboles religieux sont des expressions du Sacré qui ne donnent pas une connaissance rationnelle mais permettent une saisie directe. La pensée symbolique précède le langage ; elle appartient à la substance de la vie religieuse.

“On est en train de comprendre aujourd'hui une chose que le 19ème siècle ne pouvait même pas pressentir : que le symbole, le mythe, l'image appartiennent à la substance de la vie spirituelle.” (5)

C'est ainsi que les mythes, les archétypes, les modèles ou principes ne deviennent identifiables qu'à partir du moment où l’on a reconnu leur structure symbolique inhérente.

 

Le symbolisme fournit la grille théorique rendant possible l’interprétation des diverses manifestations du sacré.

 

C'est par le symbole que le transcendant peut être relié au temporel et vice-versa. Grâce à son rôle de “pont”, le symbole permet à l’Homo Religiosus d’accéder à la réalité de l’autre lui ouvrant la voie à la participation et à la communion. Le symbole permet ainsi de se rendre compte de ce qui est “étranger” à l'être humain et à sa situation existentielle.

 

Les symboles révèlent une structure du monde qui n'est pas évidente sur le plan de l'expérience immédiate. Toutefois, les symboles ne suppriment pas la réalité objective, mais ils lui ajoutent une dimension, la verticalité. Ils établissent des rapports extra-rationnels entre les différents niveaux d'existence et entre les mondes cosmique, divin et humain.

 

Comme l'affirme Mircéa Eliade, “le symbolisme est une donnée immédiate de la conscience totale, c'est à dire de l'homme qui se découvre comme tel, de l'homme qui prend conscience de sa position dans l'Univers.” (6)

 

2. LE SYMBOLE EST PLURI-DIMENSIONNEL

 

Les symboles solidarisent les réalités apparemment les plus hétérogènes, en les rapportant toutes à une même réalité plus profonde qui est leur ultime raison d'être.

 

Au lieu de se fonder sur le principe du tiers exclu, comme la logique conceptuelle, le symbolisme suppose au contraire un principe du “tiers inclus”, c'est à dire une complémentarité possible entre les êtres, une solidarité universelle. C'est pourquoi les symboles sont toujours pluri-dimensionnels.

 

Grâce à cette polyvalence, le symbolisme est en mesure de rassembler diverses significations en un tout intégré, en un système cohérent. Son aptitude à l'unification ou à la systématisation rend le symbolisme à même d'exprimer des situations paradoxales.

 

Les symboles rendent accessibles à nos esprits des niveaux d'expériences qui, sans eux, nous demeureraient à jamais fermes, car nous n'en aurions pas même conscience.

 

La principale fonction des symboles est donc de permettre l'accès à des niveaux de réalités inabordables autrement, et d'ouvrir à l'entendement humain des perspectives insoupçonnées.

 

Le symbole engage toujours l'existence humaine et apporte en même temps une signification, faisant éclater la réalité immédiate. Il est animé d'une logique qui lui est propre, et représente une forme autonome de la connaissance, différente de l'approche rationnelle classique.

 

3. LA LOGIQUE DU SYMBOLE

 

Le domaine des symboles et de l'imaginaire n'est pas celui du désordre et de l'anarchie. Il existe une “cohérence fonctionnelle” de la pensée symbolique. Mais, cette logique du symbole ne relève pas de l'ordre rationnel ce qui ne signifie pas qu'elle soit sans raison d'être, ni qu'elle échappe à un ordre que l'intelligence peut essayer de saisir.

 

“Même là où l'esprit humain semble le plus libre de s'abandonner à sa spontanéité créatrice, il n'existe, dans le choix qu'il fait des images, dans la manière dont il les associe, les oppose ou les enchaîne, nul désordre et nulle fantaisie.” (7)

 

Ainsi, réhabiliter la valeur du symbole n'est en rien professer un subjectivisme esthétique ou dogmatique.

 

Bien que de nature extra-intellectuelle, les symboles s'organisent en relations structurées qui leur permettent de constituer un langage cohérent et systématique.
 


(3)       “Epiphanea” signifie en grec “apparition”.

(4)       Encyciopaedia Universalis ‑ “Tradition” ‑ page 230.

(5)       Mircéa Éliade ‑ “La nostalgie des origines” ‑ Op. Cit. ‑ pages 121 ‑122.

(6)       Mircéa Éliade ‑ “Traité d’Histoire des Religions” ‑ Op. Cit. ‑ page 47.

(7)       Claude Lévi‑Strauss ‑ “Le cru et le cuit” ‑ Paris 1964.

 

 

Tag(s) : #Franc-Maçonnerie- et -symbolisme

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