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Qu'est-ce que la "Gnose" ... éléments de réponse
Citation de C. G. JUNG sur les gnostiques et l'alchimie
"De 1918 à 1926, je me suis sérieusement plongé dans l'étude des gnostiques. je me suis intéressé à eux, car
les gnostiques, eux aussi, avaient rencontré, à leur façon, le monde originel de l'inconscient. Ils s'étaient confrontés avec ses images et ses contenus qui, manifestement,
étaient contaminés par le monde des instincts. De quelle façon comprenaient-ils ces images ? Cela est difficile à dire en raison de l'indigence des informations qui nous sont parvenues à ce
propos, d'autant plus que ce qui nous en a été transmis provient le plus souvent de leurs adversaires, les Pères de l'Eglise. Que les gnostiques en aient eu une conception psychologique n'est,
en aucun cas probable. De plus, ils étaient trop éloignés dans le temps pour pouvoir servir de point de départ à ma façon d'envisager les choses. la tradition entre la gnose et le présent me
semblait rompue et, pendant longtemps il ne me fut pas possible de trouver le pont entre la gnose - ou le néoplatonisme - et le présent. Ce n'est que lorsque je commençai à comprendre
l'alchimie qu'il m'apparut qu'elle constitue un lien historique avec la gnose, et qu'ainsi, à travers l'alchimie, se trouve rétablie la continuité entre le passé et le
présent. L'alchimie, comme philosophie de la nature en honneur au Moyen Age, jette un pont aussi bien vers le passé, la gnose, que vers l'avenir, la psychologie moderne de
l'inconscient."
C. G. JUNG, "Ma vie", éditions. Gallimard, p. 234, 235.
Musique issue de la tradition du Soufisme en IRAN
La Gnose (1) est un terme qui désigne une science spécifique.
Le gnostique est celui qui possède cette science.
Le Gnosticisme en est, bien sûr, la philosophie.
POUR SIMPLIFIER dans un premier temps, la gnose se présente comme une connaissance purement intuitive et une expérience strictement personnelle qui donne accès au divin ou pour utiliser un terme plus générique, au transcendant ou à une forme de métaphysique. Cette approche essentiellement spiritualiste fait davantage appel plus à l’intelligence du coeur qu'à la raison, au moins dans la pensée des premiers gnostiques
Chaque religion à sa gnose.
Dans l'Islam, c'est le Soufisme ; dans le Judaïsme, la
Kabbale. Dans le christianisme cela s'appelle l'hérésie chrétienne.
Cette gnose, ésotérique par essence, que le christianisme rejette, a pour but de pénétrer dans le mécanisme de l'œuvre de Dieu afin de savoir pourquoi, lui si parfait, a-t-il créé et
règne-t-il sur un monde imparfait. Il s'agit aussi de savoir pourquoi le Mal fut-il introduit dans le monde.
Il y a des hérésiologues qui considèrent le gnosticisme, qui a débordé le cercle des initiés, comme un phénomène de l'histoire des religions. D'autres au contraire affirment que la philosophie gnostique dépasse le temps historique, le transcende même.
Nous vivons dans un univers qui, depuis son existence, soumet l'humanité toute entière à d'innombrables contraintes et nécessités auxquelles l'homme cherche par divers moyens à échapper.
Les gnostiques se sont insurgés contre ces contraintes, contre ces nécessités qui rendent l'homme prisonnier du temps. Libérer l'homme de sa prison temporelle, rendre à l'âme sa fonction originelle constituent la finalité de leur philosophie.
Reste à savoir comment et quand.
Pour la philosophie grecque le temps se déroule sur un cercle, l'image harmonieuse du mouvement circulaire et parfait des astres.
A cette conception, le christianisme oppose une conception linéaire résultant de la volonté.
Le temps, pour le christianisme, se déroule selon une ligne droite terminée à ces deux extrémités.
Le monde est ainsi placé, achevé, dans le temps.
Pour le gnostique, le temps est rompu en deux parties. La deuxième partie annule et dissout la première, car notre condition temporelle est un alliage déséquilibré de la matière et de
l'esprit ou chaque minute est aussitôt engloutie par celle qui suit. Sa durée a en elle-même sous une apparence de vie, un rythme de mort. Le temps, pour le
gnostique c'est l'angoisse.
Ceci nous donne une idée schématique de l'ensemble de la philosophie gnostique, de sa révolte contre les affirmations mensongères, contre les promesses invérifiables, contre un monde basé sur un ordre où la mort règne en maître.
La Gnose signifie : Connaissance. Elle désigne plus précisément une connaissance qui porte sur Dieu et la réalité divine, qui se présente, non comme un savoir acquis, mais comme une révélation intérieure permettant de saisir le secret et le mystère, conduisant ainsi au Salut.
On appelle Gnostique le Spirituel, l'Élu, ou encore le pneumatique, c'est à dire en qui la « Pneuma (2) » est devenue vivante. Le Gnostique voit, il est capable de recevoir la Lumière de la splendeur ineffable. Il est celui qui possède la révélation, l'expérience, l'initiation. Comme dit Simon le Magicien, il est la puissance même, supérieur au Dieu créateur.
Trois initiations successives amènent l'homme à cet état spirituel : de l'état charnel, il passe à l'état psychique, pour atteindre l'état spirituel. A chaque initiation il fait serment de garder le silence le plus absolu sur son secret. C'est pourquoi il ne reste aucune trace de ces rituels d'initiation.
Mais la Gnose est en plus une connaissance de la réalité suprasensible, invisiblement visible,
dans l'éternel mystère qui est censé construit au cœur et au-delà du monde sensible, l'énergie motrice de toute forme d'existence.
C'est la
connaissance de ce que l'on est, de ce que l'on est devenu, du lieu d'où l'on vient.
Pour expliquer tout ceci, le Gnostique quitte le chemin traditionnel, rompt avec les normes établies. Il bouleverse tout ce qui est considéré comme acquis : Tradition, Morale, philosophie, religion, tout est remis en question. Tout ce qui a été dit, tout ce qui a été écrit , pour le Gnostique ce sont des éléments contradictoires et disparates et ne peuvent en aucun cas répondre à ses interrogations, et surtout à la question : pourquoi le Mal existe-il dans le Monde ?
Le Christianisme, dans sa forme la plus pure, affirmait dans la Foi le fondement de la religion ; on peut même dire que sa signification historique réside précisément dans sa conviction de la spécificité de la foi et de son indépendance par rapport à toute espèce de savoir et de science.
Or, pour la Gnose, et là est la différence qui la sépare du Christianisme, le foi ne suffit pas et elle ne lui reconnaît pas de valeur propre.
Certes le Gnostique ne renie pas tout ce qui est écrit, il considère tout simplement que les écritures sont mal interprétées, il ajoute à l'adresse des Chrétiens qu'ils sont incapables de discerner le Dieu Bon du Démiurge de l'Ancien Testament. Par conséquent, tout ce que le Chrétien considère comme morale est en réalité : anti-morale.
C'est à partir de cette conclusion que la philosophie
Gnostique est née.
Ce texte est basé, en partie, sur une conférence donnée par mon ami M.D.
(1) Gnose : De façon très générale la Gnose (du grec γνώσις, Gnôsis : connaissance) désigne un concept philosophico-religieux dans lequel le Salut de l'âme (ou sa libération du monde matériel) passe par une connaissance (expérience ou révélation) directe de la divinité, et donc par une connaissance de soi.
(2) Pneuma : Pneuma, mot grec qui veut dire souffle, et par extension esprit. Il désigne, dans la cosmologie des Gnostiques, le germe vital intellectuel dans le monde, provenant du Dieu suprême, éternel et bon, par opposition à la Psychè, germe vital physique, oeuvre du Démiurge, et à l'Hylè, qui est la matière, siège du mal. C'est aussi le Souffle ou esprit aérien auquel, dans l’antiquité, certains médecins attribuaient la cause de la vie, et, par suite, des maladies.
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Pour aller plus loin :
Gnose
La Gnose et le temps